14 December 2017

L'hiver en couleurs sous le soleil Andalou

Par Laury Grenon, guide naturaliste en Andalousie

Mes terres Andalouses adoptives m'ont surpris il y a 10 ans par son ébouissante diversité, et continue de me passionner année après année, saison après saison... J'ai le plaisir tous les ans de surprendre de nombreux ornithologues, trekkeurs, naturalistes amateurs et passionnés que je guide dans la découverte de la principale biodiversité européenne (partageant le podium avec la Grèce et la Bulgarie) et que j'agrémente d'une gastronomie et d'un patrimoine culturel tout aussi riche! Je vous invite en Andalousie, en hiver...

Son histoire géologique, sa situation géographique, à la confluence entre l'Europe et l'Afrique, l'Océan atlantique et la mer Méditerrannée, ont créé une grande diversité de paysages propice à une impressionnante biodiversité! Le territoire Andalou héberge environ 4500 espèces de plantes, soit 75 % de la diversité de plantes de la péninsule ibérique, environ 350 espèces d'oiseaux, et une grande diversité de libellules (65 espèces, avecplus de 55 % de la diversité européenne), de papillons, batraciens et reptiles, et mammifères avec le félin le plus menacé au monde, le lynx ibérique! De la chaîne de montagne de la sierra Morena au nord de l'Andalousie, aux chaînes bettiques calcaires du sud de l'Andalousie, au désert de Tabernas à Almeria, ses côtes sauvages dans les provinces d'Almeria, de Cadiz et de Huelva, et le delta du Guadalquivir avec le mythique espace naturel protégé de Doñana, l'Andalousie requerrira plusierus semaines d'exploration d'est en ouest...

L'Andalousie Occidentale héberge les meilleures spots d'observations avec un important réseau d'Espaces naturels Protégés, dans les provinces de Huelva et Cadiz notamment. Si de nombreux ornithologues connaissent l'importance de ce territoire pour l'observation de la migration aux mois de septembre puis aux mois de mars-avril, le principal couloir de migrations en Europe Occidentale,  son grand intérêt pour l'ornithologie en hiver est moins répandu et pourtant tout aussi intéressant!  De plus, le climat hivernal méditerranéen reste doux avec des températures très agréables qui ajoute au plaisir de l'observation! Alors que certains territoires plus nordiques, certes intéressants en hiver,  peuvent nous décourager par le froid hivernal, l'Andalousie reste très confortable pour jouir pleinement de nos observations! Entre les espèces résidentes et les hivernants, la diversité d'espèces reste importante (avec une moyenne de 115-120 espèces observées en hiver, et 130-140 espèces au printemps), et les abondances sont spectaculaires, notamment sur nos zones humides!

En hiver, les oiseaux ont en effet tendance à se regrouper davantage alors qu'ils s'isoleront ultérieurement davantage pour la reproduction. Les marais littoraux, avec la Réserve de la Biosphère des Marais de l'Odiel, les marais d'Isla Cristina et Ayamonte, et bien sûr les marais doux du Delta du Guadalquivir avec l'Espace Naturel Protégé de Doñana accueillent des milliers d'oiseaux! Des groupes de milliers de cigognes blanches décideront d'y passer l'hiver et se répartissent en masse sur l'ensemble des zones humides, alors que des milliers d'oies cendrées, de grues cendrées, de canards de tout type, des centaines de de grandes aigrettes, ibis falcinelles, des vingtaines de cigognes noires, spatules blanches (qui sont résidentes pour une partie avec 40% population nicheuse d'Europe) inondent les marais doux! Les flamands roses, résidents pour la grande majorité avec une partie de migrants, s'ajoutent à ce mélange de couleurs sur un fond de verts des forêts et maquis méditerranéens, des prairies verdoyantes après l'arrivée des pluies.

Puis en moins grands nombres mais facilement observables, nous chercherons le balbuzard pêcheur en train de déguster son poisson perché sur un piquet en bois, avec quelques individus dorénavant résidents et de nombreux hivernants... les divers  goélands, mouettes et sternes avec entre autre le goéland d'Auduin, le goéland railleur, la sterne caspienne et la sterne de Caugek, la mouette mélanocéphale... Ou bien le hibou des marais, l'une des espèces de hiboux et chouettes observables de jour sur nos marais en hiver, parfois proche de la résidente chouette chevêche...les gorgebleues passant l'hiver dans nos roselières en compagnie de la rémiz pendulline, et de nombreux passereaux... les fauvettes à tête noire,  pinsons des arbres, serins cinis, rougegorge, rougequeue noir, pouillots véloces passeront l'hiver en grand nombre dans nos forêts, maquis, jardins, mélangés à d'autes espèces en partie résidentes comme la fauvette mélanocéphale, la fauvette pitchou, la mésange huppée, la mésange à longue queue, bleue et charbonnière, les nombreuses et très élégantes pies bleues qui se regroupent par douzaines en hiver, et bien d'autres espèces encore... Puis parmi les grandes populations de canards, nous apprécierons le concert et ballet des oies cendrées sur le marais de la charmante bourgade d'El Rocio et son atmosphère d'un village du Far Ouest, ou certaines espèces très rare en Europe visible toute l'année en Andalousie comme l'érismature à tête blanche, la sarcelle marbrée, le foulque à crête, ou encore le fulligule ferrugineux... Les marais littoraux sont également remplis de limicoles en tout genre: bécasseaux variables, minutes, cocorlis, maubèche, courlis cendrés et corlieu, barge rousse et à queue noire, combattant varié, gravelot àcollier interrompu et grand gravelot, pluviers argentés, dorés et moins nombreux guignards...

 

Les hivers particulièrement doux permettent à un petit nombre d'individus d'espèces reproductrices de rester sur nos terres en hiver, comme les hirondelles, ou le héron pourpré, le crabier chevelu que nous pourrions observer occasionnellement proche des hérons bihoreaux, gardeboeufs, aigrettes garzettes ou grandes aigrettes...l'aigle botté, le circaète jean-le-Blanc apparaissent également en petit nombre, alors que la population hivernale de milans royaux sillonnent nos grandes étendues. Parmi les rapaces, nous chercherons également l'élanion blanc, un magnifique petit rapace aux yeux rouges, blanc comme la neige constrastant avec le gris métal de ses ailes et le noir de ses épaules et aisselles, en vol stationnaire (comme le faucon crécerelle, le faucon crécerelette qui reviendra dès la fin janvier, et le circaète Jean-le-Blanc) pour chasser un petit rongeur qu'il dégustera sur un piquet en bois; et bien sûr l'aigle impérial ibérique, le plus grand des aigles européens avec l'aigle royal. Les vautours fauves viendront souvent chasser sur les marais de Doñana dans le delta du Guadalquivir et non seulement nous pourrons observer leur ballet majestueux, mais peut-être leur banquet! Ils viennent des Sierras de Cadiz, du Nord de Huelva ou du Détroit de Gibraltar où ils nicheront bientôt sur les falaises rocheuses. Le vautour moine, bien que rarement observé dans le delta du Guadalquivir, s'invite occasionnellement aux banquets des vautours à Doñana, mais nous les observerons plus facilement en approchant la sierra Morena, au nord de l'Andalousie, où ils résident sur les forêts de chênes méditerranéens, avec la principale population nicheuse d'Europe! Sur les falaises rocheuses du vautour fauve dans la province de Cadiz, ou les falaises sableuses de l'Espace Naturel Protégé de Doñana dans les pinèdes, nous entendrons dès le mois de décembre le hullulement puissant du hibou grand-duc, qui se livrera même à de nombreux duels avec l'aigle de Bonelli, résident souvent observé dans les sierras du Détroit de Gibraltar par exemple. Le concert de l'hiver est dominé par les oies cendrées et les grues cendrées qui créent une ambiance  festive sur les zones humides.  

Dès la fin du mois de janvier, de nombreuses espèces reviennent déjà vers l'Andalousie: les colonies de faucons crécerelettes déjà mentionnées et nombreuses sur l'espace Naturel Protégé de Doñana mais également dans nos campagnes, par exemple autour des vignobles d'El Condado où la dégustation de bons vins et de spécialités vinicoles comme le vin d'orange ne fait qu'ajouter aux plaisirs; le coucou geai qui installera sa mafia autour des nids d'autres oiseaux, particulièrement la pie bleue; ou encore sur certaines falaises du sud de la province de Cadiz, une population nicheuse d'ibis chauves, très facile à observer lorsqu'ils reviennent à partir de fin janvier début février (pas besoin d'aller le chercher au Maroc!). Les oiseaux marins, plus difficile pour l'oeil peu exercé, passent en abondance fin octobre début novembre, puis fin janvier-février. Le détroit de Gibraltar constitue le site privilégié pour les observer depuis la côte. Les fous de bassans que nous admirerons souvent plonger à pic et en groupes depuis des hauteurs vertigineuses pour pêcher sur des bancs de poissons, et les grands labbes (2 espèces observables toute l'année), labbes pomarins, puffins cendrés, puffins des Baléares (entre autres puffins), macareux moine en passage, groupes de macreuses... 

Et puis les oiseaux des steppes, dont la plupart des espèces sont menacés et difficiles à voir sur la plupart des sites européens, formeront en hiver des groupes plus concentrés. Les outardes barbues et canepetière, la ganga unibande, le busard Saint-Martin, qui remplace le busard cendré, nicheur, en hiver, ainsi que des groupes d'oedicnèmes criards sont les principales espèces que nous rechercherons sur les steppes de nos campagnes, comme la campagne de l'Andévalo au sud de la Sierra pelada, royaume du vautour moine, ou la campagne d'Osuna, hébergeant la plus importante densité d'outardes en Andalousie. L'oedicnème criard sera également facilement observable en hiver sur les murs de salines, dans les steppes marécageuses, alors qu'il sera plus difficile de l'observer au printemps. Les moineaux espagnols, linottes mélodieuses, étourneux unicolores, alouettes des champs forment des nuages d'oiseaux, et moins nombreuses, nous observerons aussi l'alouette calandre, la plus grosse alouette d'Europe,  et sur les steppes argileuses, peut-être la plus rare alouette pispolette. 

Les secrets et surprises que nous réservent la nature andalouse sont encore nombreux ! Cette année, par exemple, nous avons assisté à une migration massive absolument impressionnante de la grande libellule Aeshna mixta, un spectacle subtile de ces créatures ancestrales qui ont peut-être même enseigné aux oiseaux les comportements de migration ! En moins grands nombres, nous observons d'autres espèces de papillons migrateurs: le vulcain, la belle-de-nuit... Mais nous pourrions terminer en mentionnant le lynx ibérique. Sa principale population se trouve dans la province de Jaen près d'Andujar, mais la seconde population réside sur l'Espace de Doñana, dans les maquis et pinèdes. Le programme Life dédié à sa récupération depuis plus de 10 ans obtient de bons résultats, et il devient petit à ptit plus fréquent de l'observer. Le mois de janvier (de la mi décembre à fin janvier plus ou moins) nous offre les meilleures chances de l'observer. La recherche de partenaires les amènent à se déplacer de manière plus intense et les rencontres potentielles sont donc multipliées. De plus les tempétaures hivernales agréables en journée le rendent plus actif au cours de la journée, avec des périodes d'activités moins centrées sur les premières et dernières heures de la journée.

 

Alors ne cherchez plus votre destination en hiver ! Et méfiez-vous des médias agressifs qui ont parfois présentés cette région de manière très négative aux Français en limitant la vision de la province de Huelva, si riche et si diverse, au pôle industriel de la ville de Huelva (il est normal sur tout les territoires que les principales villes développent une certaine activité industrielle...) et à son agriculture intensive de fruits rouges, résultat en partie de la PAC européenne comme sur l'ensemble du territoire européen malheureusement... La superficie de mais en culture intensive assècha dramatiquement les marais poitevins par exemple, bien que leur intérêt ornithologique et naturaliste en général reste certain (c'est ma résidence natale!)... Les exemples sont nombreux, alors en nous arrêtons pas à la stigmatisation négative de certains médias et l'image négative qu'ils renvoient de territoires encore si riche!