Quai du départ
4h du matin, je saute dans mon taxi pour l’aéroport. La ville encore endormie, est plongée dans une nuit charbonneuse sans étoile. Dans quelques heures, je serais à Kittilä en Finlande, dans un blanc immaculé, à la découverte de la septentrionale Laponie.
Ma tête est légère, ma valise aussi. Je ne veux encombrer ni mon esprit, ni mon corps.
Décollage immédiat. 3h50 de vol dans un ciel imperturbable. J’aperçois les prémices d’une piste blanche. Les pneus crissent, mon cœur se serre… J’ai atterri sur le sol finlandais.
Dehors, il fait -24, les premières respirations font tousser. Je marche dans du coton, je suis dans le grand Nord. Le bout du nez picote un peu. Exit Levi et sa station de ski, nous filons là où les autres ne vont pas. Sur le trajet, le manteau neigeux qui recouvre villes et forêts permet à peine d’imaginer la vie… Je troque mon monde bouillonnant contre une vie subarctique où le silence apaise, où l’air semble si pur qu’il rendrait plus heureux. Je comprends qu’ici, le temps sera suspendu. Je me sens vivante.
Nous roulons une petite heure en direction de notre hébergement. La neige a rendu l’asphalte quasi invisible. Au bout d’un chemin, quelques lueurs laissent apparaitre un chalet de rondins. Nous sommes en février mais je revis instantanément la féérie de décembre. Bougies et petites guirlandes lumineuses ont remplacées les lumières vives de la ville, il flotte comme un parfum de noël. Le chalet est cosy, harmonieux, suave... C’est dans ce cocon que je vais recharger mes batteries, alors que le froid décharge déjà celle de mon appareil photo. Mais qu’importe, j’emporterai dans ma tête les images de la beauté de ce monde. Un bol de Lohikkeito (soupe lapone) nous attend. Les paupières se ferment sans mal, la nuit est exquise dans ce silence imperturbable.