11 March 2020

Açores, l’archipel enchanté

Jardins posés au cœur de l’Atlantique, l’archipel des Açores regorge de beautés naturalistes. Paysages spectaculaires, petits villages paisibles et une hospitalité açorienne qui ne laissent personne insensible :  cette destination riche et fascinante comble les amateurs de nature loin des sentiers battus. Le plaisir d’observer cétacés et oiseaux pélagiques, dans un cadre unique et attachant, riche d’histoire et de traditions.

Le fief des cagarro

Depuis sa maison construite sur les hauteurs de Madalena, les yeux rivés vers les vignobles baignés de soleil dans les champs de basalte, Alberto ne tarit pas d’éloges sur son île : « Ici à Pico, les vignes sont uniques au monde et classées au Patrimoine mondial de l’Humanité ! ». Il insiste pour que je goûte le nectar de l’île, le mythique verdelho, qui faisait, au milieu du XIXe siècle, le breuvage convoité des tsars de  Russie et de plusieurs cours d'Europe. L’incroyable maillage de murets en pierres noires abrite les précieux ceps de vigne, accolés à la mer. Mais les trésors des Açores ne se résument pas au liquide liquoreux, d’autres hôtes naturels en provenance de l’océan trouvent aussi refuge dans les chaos rocheux et les étendues minérales de l’île. Je retrouve Justin, ornithologue anglais qui a définitivement posé ses valises aux Açores. L’une des raisons pour lesquelles il ne quittera pas l’île de Pico porte le nom portugais de cagarro, entendez le puffin cendré (Calonectris diomedea borealis). Cet oiseau pélagique fait l’objet de sa thèse en doctorat ; Justin chercher à percer tous les secrets de ce grand voyageur qui vient nicher sur ces îles isolées du milieu de l’Atlantique. « 60% des effectifs mondiaux de puffins cendrés, soit environ 180 000 couples, se reproduisent aux Açores » me précise-t-il. Difficile de rater cette espèce emblématique, aussi bien en mer où plusieurs centaines d’entre eux flirtent avec les abrupts des îles volcaniques, qu’à terre lorsqu’ils regagnent bruyamment leurs terriers, dans une crevasse de rocher ou sous des blocs de pierre. À la nuit tombée, les côtes s’emplissent de sonorités étranges, évoquant parfois des pleurs de nouveau-né, lancées plein ciel. Après une journée passée en mer, les puffins cendrés dérogent à leur habituelle discrétion pour se lancer dans des sérénades retentissantes. Ces sons, émis à proximité de la colonie et en pleine obscurité, servent à la reconnaissance des partenaires et à la localisation de l’entrée de leur terrier. Jusqu’au petit matin, aucun villageois n’échappe aux manifestations vocales de leur effervescence reproductrice.

La force de l’insularité

Le puffin cendré appartient tellement à la culture açorienne que chaque année, une opération « SOS Cagarro » réunit des milliers de bénévoles, dont de nombreux enfants, pour sauver les jeunes oiseaux lorsqu’ils quittent leurs nids entre octobre et novembre. Attirés par les lumières artificielles, bon nombre d’immatures âgés de trois mois mettent leur vie en péril en ne rejoignant pas l’océan. Plus de 3000 puffins sont ainsi délicatement recueillis et reconduits vers le grand large. Les jeunes oiseaux vagabondent dans l’Atlantique pendant quatre ans avant de revenir à terre pour trouver un partenaire. Les non nicheurs ont tendance à se disperser dans l’Atlantique Nord, atteignant les côtes irlandaises, alors que les reproducteurs hivernent au large de l’Afrique du Sud.

Pour l’ornithologue, les Açores, comme toutes les îles, se démarquent plus par l’originalité des espèces présentes que par la diversité. On dénombre environ 64 espèces communes dont 20 seulement résidentes. Parmi elles, quatre espèces revêtent dans l’archipel une importance internationale : le puffin cendré, la sterne de Dougall, l’océanite de Monteiro (population mondiale de 300 couples sur des îlots de Graciosa) et l’unique endémique, le bouvreuil des Açores. Ce dernier, localisé dans la partie est de l’île de São Miguel, ne compte que 1300 individus : autant dire qu’il est l’oiseau le plus recherché des birdwatchers ! Les autres espèces plus communes se distinguent de leurs congénères continentaux par quelques traits physiques ; le pinson des arbres, par exemple, est représenté par une sous-espèce (Fringilla coelebs moreletti) au plumage, chez le mâle, étonnamment plus terne que chez nous.

Entre mer et volcan

Entièrement basaltique, presque austère au premier contact, l’île de Pico révèle d’étonnantes beautés naturelles. Dominée par l’imposant volcan Pico (2351 m), l’île est couverte d’une luxuriante végétation. La douceur du climat favorise la croissance des fougères, hortensias, agapanthes, azalées, camélias… au rythme des saisons, les fleurs sont partout en fête. Les paysages des hauteurs révèlent cratères, lagunes, lacs d’altitude, prairies, murets de basalte : un décor saisissant qui évoque à la fois l’atmosphère bucolique de l’Irlande et la sauvagerie et l’exubérance du cratère du Ngorongoro en Tanzanie ! Dans les massifs boisés qui colonisent les versants du volcan, une étonnante chauve-souris s’active en pleine journée : la noctule des Açores, espèce endémique, est sans doute la seule chauve-souris insectivore qui, en l’absence de prédateurs, adopte des mœurs diurnes. Pour les plus téméraires, la randonnée permettant d’accéder au sommet du volcan Pico offre un somptueux panorama sur les autres îles du groupe central de l’archipel : Faial, São Jorge, Graciosa et Terceira. La mer, toujours à portée de vue aux Açores, est là pour nous rappeler que les hôtes les plus convoités par les visiteurs sont aussi parmi les plus gros êtres vivants de notre planète.

Un festival de cétacés

Depuis sa vigie d’ancien chasseur de baleines, Antero, 61 ans, n’a rien perdu de son acuité visuelle. A l’aide de ses vieilles binoculaires, il repère le moindre souffle et le moindre déplacement à la surface de l’eau. Mieux encore : il identifie sans difficulté l’espèce de dauphin ou de baleine à peine émergée ! Ce qui fait le bonheur des excursionnistes au départ de Madalena. A bord de puissants semi-rigides, guidés par les infatigables yeux de la vigie, les touristes approchent des léviathans ou des groupes de dauphins avec respect. En l’espace d’une sortie, jusqu’à cinq espèces de dauphins peuvent ainsi être contactées, dauphin commun, tacheté, bleu et blanc, de Risso et grand dauphin. Il est même possible de se mettre à l’eau, selon un code de conduite stricte établi par le gouvernement portugais, pour observer et entendre les dauphins dans le Grand Bleu. Parmi les espèces « stars », les cachalots figurent au sommet du palmarès. Communs aux abords de l’île de Pico, les cachalots ont longtemps fait l’objet d’une chasse artisanale aux Açores, comme en témoignent les anciennes usines de l’industrie baleinière.

Depuis 1984, date de la dernière chasse au cachalot, les eaux açoriennes sont devenues un sanctuaire pour de nombreuses espèces de cétacés, résidentes estivales ou simplement de passage (27 espèces y ont été recensées). Au confluent des eaux chaudes et froides, loin des routes maritimes, l’archipel des Açores forme un « hotspot » de l’observation des cétacés, sans doute le meilleur endroit au monde pour voir autant d’espèces sur une zone restreinte.

Au-delà des rencontres exceptionnelles avec une grande diversité de cétacés, le visiteur ne peut qu’être séduit par le bien-être açorien, sa gastronomie issue de la mer et son vin tiré des entrailles de la terre : tout un art de vivre portugais à 1500 km de Lisbonne !

©Laurent COCHEREL-Texte et Photos

Prochain séjour aux Açores :

- Observation des cétacés aux Açores : Départ le 12/05/2020