Normandie Baie du mont saint michel et moutons
12 February 2020

La Baie du Mont-Saint-Michel, source de vie au fil des saisons

Loin du vacarme touristique, l’immense baie du Mont-Saint-Michel représente une halte nourricière pour des milliers d’oiseaux migrateurs et le précieux refuge de mammifères marins.

Posé dans son écrin de sable, le Mont-Saint-Michel se love dans le mariage de la mer, du vent et de la lumière. Cette merveille architecturale ne peut être dissociée de sa baie, inscrite aussi au « Patrimoine Mondial de l’Humanité ». 

La merveille de l’Occident

L’origine du Mont-Saint-Michel Mont remonte avant l’an mil. Au cours du temps, bâtiments religieux et structures de défense ont transformé le rocher, le mont Tombe, en un ensemble unique au monde, témoin séculaire du génie de l’Homme. La plupart des touristes contemplent cet ensemble architectural dédié à Saint-Michel. Mais peu d’entre eux se rendent compte qu’aux côtés de ce monument grandiose, il en existe un autre, superbe dans sa discrétion, magnifique dans ses métamorphoses journalières et saisonnières dont l’ampleur varie au gré des marées, du soleil, de la lumière sans cesse changeante captée par les grèves, les herbus… Ce monument naturel, c’est la baie.

Sur près de 75 000 hectares (dont 1/3 en Bretagne), la baie a sa propre vie rythmée, depuis quelque dix mille années, par les variations du niveau des mers et sa capacité à reprendre ou déposer des sédiments d’origine terrestre et marine. Les conséquences des endigages du siècle dernier, destinés à créer des polders, se traduisent de nos jours par un resserrement des herbus autour du Mont, laissant présager l’abandon progressif de la mer et la fin de l’insularité de l’abbaye.
Entre les pointes de Cancale, en Bretagne, et de Granville, en Normandie, la magnifique baie du Mont-Saint-Michel n’est pas seulement un site touristique majeur en France. C’est aussi un site naturel d’une richesse exceptionnelle pour la faune. Les marées de la baie du Mont sont les fortes d’Europe, avec près de 15 mètres d’amplitude.
Par grande marée, les flots se retirent à près de 18 kilomètres et libèrent une étendue de sable propice à la culture des huîtres et des moules.  Au début du siècle, seuls les voiliers traditionnels de Cancale, les fameuses Bisquines, pouvaient draguer les bancs naturels d’huîtres de la baie du Mont-Saint-Michel.

Oiseaux migrateurs normandie

L'Éden des migrateurs et des mammifères marins.

Grâce à la diversité de ses biotopes (polders, herbus, estrans et chenaux), la baie du Mont-Saint-Michel représente un site d’importance international pour les oiseaux migrateurs. Elle se situe en effet sur un des grands axes européens de migration : plus de 100 000 oiseaux, bécasseaux, pluviers, barges, courlis, canards, limicoles en tous genres, parcourent en hiver l’estran nourricier et fouillent le sol mou pour y trouver des bivalves, des vers et autres petits invertébrés.
Parmi les plus communs, l’huîtrier pie est observable toute l’année, en particulier pendant la période hivernale où près de 9000 individus se rassemblent dans la baie. La mascotte hivernale de la baie est sans conteste la bernache cravant, originaire de Sibérie, qui égaye de ses doux cris gutturaux les fonds brumeux de la baie. Parfois, non loin des cravants, quelques dizaines de bernaches nonettes sont aussi observables sur les prés salés. Cette superbe oie, au masque de nonne, préfère les polders hollandais pour passer l’hiver mais honore de sa présence, certains hivers, la baie du Mont. C’est aussi le cas de cygnes chanteurs qui se mêlent ponctuellement aux petits groupes d’oies cendrées.

Les oiseaux ne sont pas les seuls joyaux de la baie du Mont-Saint-Michel. Trois espèces de mammifères marins la fréquentent également : le phoque veau-marin, présent toute l’année, dont l’effectif est d’une quinzaine d’individus, le dauphin de Risso, dont la fréquentation est en relation directe avec la présence saisonnière des seiches et le grand dauphin. Du haut des falaises de Champeaux et de Carolles qui dominent la baie du côté normand, on peut parfois observer les évolutions des grands dauphins. Les phoques s’étendent, quant à eux, à marée basse, sur les bancs de sable au large des herbus ; ils sont donc assez difficiles à voir.

Iles chaussey

Un lien avec les îles Chausey

La construction du Mont a autrefois créé des rapports avec les îles Chausey : les blocs de granit étaient extraits des nombreuses carrières de Chausey et transportés par bateau au pied du monument. Désormais, le lien existe toujours par le biais des oiseaux. L’archipel de Chausey est un site important de nidification d’oiseaux marins, notamment pour le tadorne de Belon. Juste après l’éclosion, les poussins accompagnés des adultes regagnent les canaux littoraux de la baie, près du Vivier-sur-Mer, après avoir parcouru à la nage près de 30 km !  Les familles trouvent en effet plus de nourriture dans la baie, riche de vers et de petits mollusques gastéropodes. La nidification s’effectue sur les îles Chausey pour des raisons de sécurité, les nids étant moins exposés à la prédation.

 

Le printemps éblouissant de la pointe du Grouin.

La commune de Cancale représente l’extrémité occidentale de la baie du Mont-Saint-Michel. De la pointe des Crolles, une vue panoramique laisse apercevoir le Mont-Saint-Michel et le mont Dol qui se dresse au dessus des terres. Non loin de là se profilent les falaises de la pointe du Grouin. Premières sensations enivrantes du vent du large. Là-bas, les oiseaux clament leur fière conquête de l’île des landes, une barre rocheuse en parallèle de la pointe et classée réserve ornithologique. Les jumelles s’imposent pour apprécier les nombreux goélands et cormorans qui y nichent en toute quiétude. Quelques couples de tadornes de Belon, ont également élu domicile sur cette île et creusent eux-mêmes des terriers pour y pondre leurs œufs. Les ajoncs d’Europe en pleine floraison recouvrent cette pointe rocheuse d’un habit doré resplendissant. Ce dédale de végétation épineuse est un véritable paradis pour des petits passereaux typiques de la lande. Au cours de leurs parades nuptiales, troglodyte mignon, linotte mélodieuse, pouillot siffleur et tarier pâtre osent s’exposer pour lancer leurs strophes retentissantes, au sommet d’un ajonc ou d’une aubépine. Le coucou assiste également au spectacle, prêt à parasiter l’un de ces frêles habitants.

Dans les arbrisseaux de la baie, c’est autre « star » qui exhibe ses couleurs flamboyantes : la gorge bleue à miroir revient de la péninsule ibérique pour une nouvelle saison de nidification. Pendant quelques semaines seulement, cet oiseau va s’époumoner pour attirer une femelle et éloigner les rivaux. Passé cette période d’euphorie, la gorge bleue redeviendra un oiseau très discret, aux mœurs terrestres, qui se dissimule dans la végétation basse.

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